Ce que produit l'absence de thématique claire
Les études d'ergonomie convergent sur un point : un visiteur décide en quelques secondes s'il reste ou s'il repart. Ce délai très court s'appuie sur des indices visuels et textuels immédiats. Or, un site sans thématique identifiable ne fournit aucun de ces repères. Le visiteur ne sait ni ce qu'il trouvera, ni à qui le site s'adresse, ni pourquoi il devrait y rester.
Le problème se pose différemment selon l'origine du trafic. Un visiteur arrivé par un moteur de recherche dispose souvent d'un contexte : il a lu un titre de résultat, parfois un extrait. Un visiteur arrivé par un lien partagé sur un réseau social n'a, lui, aucun contexte. C'est dans ce second cas que l'absence de thématique pèse le plus lourd.
Il faut nuancer : certains sites fonctionnent volontairement sur un périmètre large. Les agrégateurs d'actualité, les annuaires ou les blogs personnels à entrées multiples assument une ligne éditoriale souple. La difficulté n'est pas l'absence de thème unique, mais l'absence de tout principe organisateur lisible.
Les usages concrets qui manquent au visiteur
Un site sans thématique claire prive le visiteur de plusieurs opérations mentales courantes. La première consiste à situer le site dans une catégorie : commerce, média, documentation, service public, communauté. Cette catégorie conditionne les attentes. Sans elle, le visiteur applique des attentes par défaut, souvent inadaptées.
La deuxième opération concerne la navigation. Un visiteur qui comprend le thème d'un site anticipe la structure des menus. Sur un site généraliste, il doit lire chaque intitulé pour deviner où se trouve ce qu'il cherche. Ce coût cognitif, faible à l'unité, s'accumule et favorise l'abandon.
La troisième opération touche à la confiance. Un site dont on ne comprend pas l'objet offre moins de prise pour vérifier son sérieux. Qui l'édite ? À destination de qui ? Avec quelle régularité ? Ces questions restent sans réponse visible. La confiance repose alors sur des signaux périphériques, comme la qualité de la mise en page ou la présence de mentions légales.
Ces usages ne sont pas propres à un type de site. Ils concernent aussi bien une boutique en ligne qu'un site institutionnel ou un espace de documentation technique.
Ce que corrige une ligne éditoriale explicite
La réponse la plus fréquente consiste à expliciter la ligne éditoriale en haut de page. Un titre, une phrase de description et une arborescence cohérente suffisent souvent à réduire l'ambiguïté. Le visiteur comprend alors en quelques secondes ce qui est proposé et à qui cela s'adresse.
Quelques leviers sont régulièrement employés :
- une phrase de présentation courte placée à côté du logo, qui précise l'objet du site et son public ;
- des intitulés de rubriques qui décrivent un contenu plutôt qu'une intention (« Dossiers pratiques » plutôt que « Découvrir ») ;
- une page « À propos » accessible depuis toutes les pages, qui indique qui édite le site et selon quelles règles.
Ces éléments ne règlent pas tout. Un site à thématique large reste difficile à appréhender si son contenu est hétérogène. La cohérence de la ligne éditoriale compte davantage que la précision du titre affiché. Un site qui annonce une thématique large mais tient un propos régulier inspire plus de confiance qu'un site au titre précis dont les contenus partent dans tous les sens. Pour aller plus loin : Étape sur l'A2 vers Bruxelles : où s'arrêter et que visiter.
Il existe par ailleurs des cas où l'explicitation a peu d'effet. Lorsque le visiteur arrive avec une intention très ciblée, via une recherche précise, il évalue surtout la réponse apportée à sa question. La thématique du site passe au second plan. De même, un site dont l'essentiel du trafic provient d'une communauté déjà constituée peut fonctionner sans présentation formelle : les habitués connaissent déjà le cadre.
La question de la thématique identifiable rejoint enfin celle de la responsabilité éditoriale. Un site qui explicite son objet s'engage implicitement sur un périmètre. Il devient plus facile, pour le visiteur, de repérer ce qui sort de ce périmètre et de juger la pertinence de ce qui lui est présenté. Cette lisibilité ne garantit pas la qualité du contenu, mais elle rend la vérification possible, ce qui constitue déjà une condition de la confiance.